Erhard Stiefel et les masques de "Peines de Cœur d’une Chatte Française", mise en scène d’Alfredo Arias
- cerpcos
- 16 mars
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 18 mars
Cet article est écrit en mémoire d’Erhard Stiefel, facteur de masques, qui nous a quittés le 14 février 2026. Il est issu d’une rencontre avec Claude Dessimond qui allait devenir son apprenti par l’intermédiaire de l’action maître d’art – élève mis en place par le ministère de la Culture en 1994. La rencontre intégrale a été publiée dans L’homme en animal sur scène et au cinéma (Sylvie Perault dir, les Éditions du Jongleur). Il s’agit d’une synthèse qui reflète fidèlement les propos.

La pièce de théâtre Peines de cœur d’Une chatte française est créée pour la saison 2000/2001.Voici ce qu’en dit le metteur en scène :
Lorsque René de Ceccatty et moi, avons décidé d’écrire une comédie musicale avec masques, à partir d’un conte de PJ Stahl, Les Peines de cœur d’une chatte française, nous savions que nous nous lancions dans une grande aventure. Le succès des Peines de cœur d’une chatte anglaise, que j’avais écrit avec Geneviève Serreau et créé en 1977, avait déjà conduit le groupe TSE dans le monde entier, pendant plusieurs années […] Pour réaliser ce rêve, il nous fallait un artiste qui créé la magie des masques des animaux : nous l’avons trouvé en la personne d’Erhard Stiefel, spécialiste mondial du masque nô. Il nous fallait des costumes : Chloé Obolensky nous a permis d’habiller merveilleusement ces créatures fantastiques. Un décorateur capable de suggérer un lieu élégant et irréel : Roberto Plate. Il nous fallait des comédiens-chanteurs internationaux qui auraient la grâce suffisante pour incarner des animaux masqués et qui seraient à l’aise en français et en italiens. […] (Peines de coeur d'une chatte française - Alfredo Arias, Texte de présentation « Peines de cœur d’une chatte française »

Erhard Stiefel explique les enjeux de la demande et les réflexions qu’ils ont suscités.
[…] J’ai beaucoup réfléchi avant d’accepter (car) j’avais toujours créé des masques humains qui représentaient un personnage et j’avais un peu peur que ce soit seulement décoratif. Il s’agissait vraiment de sculpter des têtes d’animaux, tout simplement. Toutes ces dernières devaient être anatomiquement très justes. Les masques de Kyogen et de Nô ont le même format et couvrent seulement la face de l’acteur et n’enveloppent pas complètement la tête ; le masque véhicule l’esprit de l’animal plutôt qu’une représentation. Ce n’est pas réaliste mais une transposition subtile.
C’était assez curieux et nouveau pour moi car les consignes de mise en scène étaient que le corps reste complètement humain, y compris le costume. Il n’y avait pas de queue ou de plumes en lien avec le masque et je me demandais pourquoi. Je viens de l’enseignement de Lecoq où on travaillait sur l’animal : c’était dans le corps et on devenait animal. C’est ça qui au début me faisait un peu peur […] Ensuite Alfredo m’a informé que les comédiens n’auraient les masques que quelques jours avant la première afin que les comédiens ne fassent pas une fixation sur le masque et ne rejettent pas sur lui la complexité du travail d’acteur.
Alfredo Arias m’a donné pour consigne de faire des masques légers et a cité Grandville. J’ai fait mes recherches et cela a été une révélation pour moi. C’est une sorte d’hommage à Grandville ; j’ai cherché à être le plus fidèle possible parce que j’ai réalisé qu’il avait très bien étudié les types morphologiques de chaque animal sans chercher à les interpréter.
J’avais l’héritage d’une autre expérience avec Arias et le désir d’améliorer le confort de l’acteur. Il faudrait qu’ils puissent voir, respirer, chanter et entendre… Une tête complètement enfermée dans un masque est soumise à une résonnance et un écho insupportable. J’ai fait des recherches pendant six mois sur les matières et la technique à utiliser. Je suis passé par tout, la résine, le bois, le cuir, le tissu, la vannerie, le grillage toutes les matières possibles. Je n’ai pas utilisé le cuir car c’est trop lourd et hermétique pour des masques aussi importants et ils risquaient de se déformer car une tournée d’au minimum deux ans était prévue […]

J’ai essayé les masques en poils comme Doboujonsky, j’ai fait des essais avec de l’implant, de la fourrure artificielle, c’était très beau mais Alfredo trouvait que cela rendait les formes moins lisibles. J’ai du réfléchir et changer complètement de direction car je sentais que c’était juste.[…] Chaque masque était totalement adapté à l’acteur en tenant compte des mouvements de bec lors du chant, il a fallu trouver un mécanisme ne provocant aucune résistance pour l’acteur puisse chanter sans être gêné. Le masque prenant tout le crâne, certaines notes pou syllabes ne sortaient pas très bien et se déformaient j’ai dû faire des ajustages à ce niveau notamment avec l’aide d’un ingénieur du son car le souffle qui roulait pouvait se heurter aux parois des masques et restait à l’intérieur. […] J’ai été agréablement surpris car tous se sont rapidement appropriés les masques. Chaque comédien s’amusait au maximum avec l’animal qu’il incarnait, jamais aucun ne s’est posé de question, c’était immédiat.

Alfredo Arias a fait don des masques se cette pièce au Centre National du Costume de Scène et de la Scénographie de Moulins ( CNCS).
L’intégralité de l’article avec les questions de C. Dessimond, les détails sur le mode opératoire, les essayages de la chanteuse- chatte française, les références bibliographiques et les notes de bas de page sont accessibles via L’homme en animal sur scène pp 95-100 ISBN 978-2-95215569-2-9














Commentaires